Pourquoi en tant que professeurs de clubs nous continuons à pratiquer, chercher, passer du temps sur les tatamis?

Pour ma part, je n’ai pas la réponse, ça reste toujours un de mes grands mystères.

Toutefois, quelques rencontres au gré des tatamis me font entrevoir une piste de réponse. Depuis que je pratique l’Aïkido au sein de la Ligue Bretagne je vois un duo de pratiquants, Isadora Pointet et Patrice Le Masson à tous les stages de la Ligue (ils y sont plus présents que moi d’ailleurs). Patrice est membre du Comité Technique Régional et Isadora est la secrétaire de la Ligue.

J’ai vu qu’ils n’étaient pas du même courant que celui auquel j’étais habitué, le port des tabis traditionnels tout d’abord mais ce n’est qu’un élément vestimentaire. Ensuite l’attitude, cette forme de corps caractéristique, légèrement de coté, l’orientation des pieds, la tenue des armes, le Kiai présent également à mains nues.

Des petits détails qui pris isolément ne sont que des nuances auxquels on n’attacherait a priori aucune importance. Pourtant leur aikido est fait de toutes ces nuances qui en font un tout cohérent, une vision de l’Aïkido sous un prisme différent.

Toutefois, ce n’est pas ce prisme qui m’a conduit à inviter Patrice Le Masson pour faire un stage de découverte au sein de notre petit club. Au delà du fait qu’ils soient tous les deux très sympas ouverts à la discussion et possèdent une grande connaissance de l’Aïkido, je me posais une question à laquelle seuls eux pouvaient répondre. Comment lorsqu’on a, comme Patrice, plus de 40 ans de pratique au sein d’un courant/école pouvait-on participer à des stages où les différences semblent plus évidentes que les ressemblances? Quelles qualités faut-il pour ne pas se « perdre »?

Patrice dirait « juger » (dans le sens « examiner ») sans condamner ». Et j’ajouterai s’adapter à la nuance, plus ou moins prononcée d’ailleurs, retrouver de la certitude dans la prise en compte de cette nuance, être capable de sortir de sa zone de confort et en retrouver.

Et c’est sans doute pour toutes ces raisons que j’ai apprécié le cours de Patrice ce dimanche 8 février.

Une rencontre tout en nuances, des explications sur ses choix de travail, une comparaison avec la forme que je pratique, pas de jugement mais un constat des formes de pratique au boken , au jo et à mains nues.

Les nuances dans le placement du corps, des mains, du regard m’ont obligé à prendre conscience d’un corps que je pense maîtriser par réflexes conditionnés par des années de pratique, à sortir d’une zone de confort où le doute n’a que peu de place.

Encore merci à Patrice et Isadora pour leur grande disponibilité, leur patience, le rappel historique des origines de l’aikido et surtout pour l’illustration que l’Aïkido est avant tout une affaire d’échange et de dialogue. Qu’il ne s’agit pas d’avoir raison de façon péremptoire mais avant tout de partager nos connaissances. Lorsqu’on partage nos connaissances nous en sortons tous enrichis et joyeux.

Pas encore de commentaires

Laisser un commentaire